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24 - Les martyrs de la foi

(rédaction 4.7.92)




24. LES MARTYRS DE LA FOI




La révocation de l'édit de Nantes en 1685 ordonnait la démolition de tous les temples, traquait les pasteurs qui durent émigrer quand ils n'étaient pas tout simplement mis à mort. Les assemblées étaient non seulement interdites depuis l'ordonnance royale du 12 juillet 1688, mais ceux qui les organisaient encouraient les galères à perpétuité, sinon étaient sommairement exécutés.


Jacques Guérin


Il était originaire d'une famille protestante de Sainte-Blandine en Poitou à 10 kilometres à l’ouest de Melle. Jacques fut l'un des prédicants qui organisèrent le culte au désert en dépit des persécutions policières et des dragons du roi. Pour des raisons de sécurité, les réunions se faisaient en pleine campagne, dans des endroits faciles à défendre.
Trois assemblées furent réunies en même temps près de Saint-Maixent. Les protestants étaient alors si nombreux qu'ils furent plus de quatre mille à se réunir ce 22 février 1688. Ils avaient déjà beaucoup de courage, mais ils allèrent jusqu'à la provocation en donnant avis à N.J. Foucault, intendant du Poitou «qu’ils viendraient faire l’exercice de leur religion sur les ruines de leur temple et menaceraient les curés de les exterminer» Dans de telles conditions, il n'était pas difficile à l'intendant de rassembler une compagnie de dragons et de les surprendre.
Il n'est maintenant qu'à laisser parler cet intendant dans ses mémoires. Il tomba avec ses dragons sur l'assemblée la plus proche, réunie au Grand Ry, sur la paroisse d’Aigonnay à 15 kilomètres à l’est de Niort, un pré entouré d'un ruisseau et d'une haie, où se trouvaient quinze cents protestants gardés par dix hommes armés qui tirèrent sur un lieutenant et dix dragons envoyés en reconnaissance.

Ils ne pouvaient quand même pas lutter efficacement contre une troupe bien armée et rompue aux combats. L'intendant s'empara de Jacques Guérin et d'une quarantaine de personnes. Jacques, en qualité de prédicant fut pendu le lendemain 23 février à Saint-Maixent en compagnie de Thomas Marché, dit des Touches, de la paroisse de Thorigné, maréchal-ferrant, qualifié de lecteur, et Pierre Rousseau, le fermier du Grand Ry qui avait mis ses terres à la disposition de l'assemblée. D'autres notables du désert furent pendus avec eux, car l'intendant avoue la pendaison de six personnes, plus trente et une autres envoyées aux galères perpétuelles, ainsi que deux femmes condamnées au fouet.
En bon exécutant, car c'est le terme qui convient, l'intendant Foucault envoya son rapport circonstancié à Louvois le lendemain 23 février. Il en fut hautement félicité car le roi précisait «qu’on ordonne aux dragons de tuer la plus grande partie des coreligionnaires qu’ils pouraient joindre sans épargner les femmes». Il ne pouvait être plus clair.
Le roi savait donc parfaitement ce qu’il ordonnait. L’opinion de certains historiens qu’il aurait été mal informé par un entourage tendancieux est parfaitement fausse.
Jacques Guérin compte parmi les 113 pasteurs ou prédicants exécutés entre 1685 et 1765 en application des ordonnances royales. Il y en aurait eu bien davantage si 61 d'entre eux n'avaient pu s'enfuir à temps. Ils ne furent exécutés qu'en effigie.

BIBLIOGRAPHIE: «Mémoires de N.J.Foucault, intendant du Poitou» dans "Documents inédits sur l'Histoire de France" Paris 1862 p.219 - Maurice Pezet: «L’épopée des camlisards» Seghers 1987 p.233 - «Journal de Jean Mignault, maitre d’école 1681» Laffitte reprints 1978 -



Les galères existaient depuis la plus haute antiquité, mais il appartenait à Louis XIV de les utiliser dans un but uniquement pénitentiaire. Elles ne servaient en fait qu'à transporter des personnages de marque et à garder les côtes. Elles avaient leurs ports à Marseille, Toulon, Dunkerque, Rochefort et Brest.
Les premières condamnations des protestants aux galères dataient du siècle précédent à l'encontre de ceux du Lubéron, du moins ceux qui n'avaient pas été massacrés. Ils étaient 660 galériens à Marseille en 1545, dont des enfants et des vieillards. L'Edit de Nantes les avait théoriquement libérés, mais il leur fallut cependant atendre le résultat des enquêtes ordonnées par Henri IV. Louis XIV se chargea de les remettre en vigueur et de les agraver car elles signifiaient la mort à brève échéance.


Claude Guérin
matricule 7317
1639 - 1686


Le registre d'écrou le dit originaire de Ville en Bourane dans le Vivarais. Il s'agit en fait du hameau de Burianne dans l’actuelle commune de Saint Barthélémy le Neil, près du Cheylard (Ardèche). Il y est né en 1639, étant donné qu'il avait 46 ans lors de sa condamnation.
Il fut condamné aux galères à vie par la maréchaussée du Puy en Velay le 27 juin 1685, mais le motif n'a pas été indiqué. Le même registre précise qu'il habitait Villevocance, près d'Annonay, lui donne la profession de chirurgien et le décrit d'une taille moyenne, le visage long, les yeux bleus avec une cicatrice au front. Il est mort à l'hôpital des galères le 29 avril 1686.

Daniel Guérin
, matricule 2301
1679 - 1707


Natif de Soubise en 1699, il avait vingt ans lors de son arrestation. Le registre d'écrou le désigne comme fils de Daniel Guérin et d'Elisabeth Lanquet et le décrit assez grand, de visage ovale et de cheveux chatains. Il avait été condamné aux galères à vie le 16 juin 1699 par Begon, intendant de la généralité de La Rochelle «pour contravention aux édits de Sa Majesté» Il était arrivé au bagne de Toulon le 12 août 1699, venu de Toulouse avec la chiourme de la galère Amazone. Il meurt à l'hôpital du bagne le 5 janvier 1707.


Antoine Noël Guérin,
matricule 27313
1683 - 1732


On hésite sur son identité. Certains lui donnent le nom d'Antoine Nouy de Guérin, mais les documents retrouvés aux Pays-Bas, acte de réception de 1718 et acte de décès de 1732, le désignent comme Antoine Noël Guérin. Né en 1683 à Saint-Laurent la Vernède près d’Uzès, il était le fils de Noël Guérin et de Jaquette N(?). Le registre d'écrou lui donne la profession de tisserand et le décrit de bonne taille, cheveux chatains et visage large.
Il appartenait à un groupe de Camisards capturés pendant l'hiver 1702-1703. En général, ceux qui étaient pris les armes à la main étaient immédiatement abattus, souvent après avoir été torturés. Mais cette fois ci, on ne sait pourquoi, certains ne furent condamnées qu'aux galères perpétuelles. Antoine était du nombre. Le jugement fut rendu à Sommières le 11 mars 1703 par le maréchal de Montrevel, commandant général dans le haut et bas Languedoc. Les condamnés furent transférés à Montpellier le 16 mars et conduits au bagne de Toulon par Jacques Bernié, lieutenant du prévôt de la maréchaussée de Montpellier, accompagné de huit archers.
Antoine rama pendant treize ans sur la Valeur, puis sur la Favorite. Il fut libéré le 25 juillet 1716 sous condition de quitter le royaume. Il se dirigea vers la Suisse, d'où il se rendit aux Provinces Unies, car le 17 juillet 1718, il recevait à Rotterdam un secours de 25 florins. Il fut admis dans l'église wallonne d'Amsterdam le 6 novembre 1718. Il y fut enseveli le 19 décembre 1732.

BIBLIOGRAPHIE: "Commission de l'Histoire des églises et de la bibliothèque wallonnes" Amsterdam


Louis GUERIN
matricule 27318


La même condamnation précédente du 11 mars 1703 concernait également Louis Guérin, natif d'Anduze, de profession boulanger, fils de Jacques Guérin. Il avait été arrêté pour port d'armes et n'avait que seize ans lors de sa comparution en 1703. Par ordre du roi du 19 août 1705, il fut libéré à la condition de servir dans la marine, car la guerre de succession d'Espagne (1702-1710) venait de mobiliser l'Europe et en cette année 1705, la France était près de succomber. J'ignore le sort de Louis après cette date.


On aurait pu croire que la mort de Louis XIV améliorerait quelque peu le sort des galériens. C'est oublier la puissante organisation mise en place, car les persécutions continuèrent comme avant.


Antoine Guérin
1699 - 1721


Six cents protestants de Nimes s'étaient rendus dans la nuit du 14 au 15 janvier 1720 à une assemblée du désert à l'ouest de la ville, près du ruisseau du Cadereau, dans la grotte de la Baume aux Fées. Elle fut surprise par les dragons qui firent cinquante prisonniers dont Antoine Guérin, un meunier de 21 ans, capturé à trois heures du matin. Ils furent enfermés au Temple de Diane, près de la fontaine, puis au fort de Nimes et enfin dirigés vers Montpellier pour y être jugés.

Le duc de Roquelaure les condamna le 27 février 1720 aux galères à vie. Vingt d'entre eux furent conduits immédiatement à Toulon. Par contre Guérin, douze hommes et trois femmes devaient être déportés en Louisiane. On vivait alors les derniers mois du système de Law qui aurait pu la mettre en valeur, s'il ne s'était pas agi de la plus belle escroquerie de l'époque..
En application de cette sentence, une chaîne formée des seize hommes et des trois femmes quitta Montpellier le 12 juin pour rejoindre leur port d'embarquement. Elle passa au Pont de Lunel, sur la Vidourle, où les familles des prisonniers avaient l'occasion très limitée de voir leur parent une dernière fois. La chaîne passa par Nimes, Pont Saint Esprit, Montélimar, puis Lyon ou un arrêt de douze jours était prévu. Elle embarqua à Roanne sur la Loire jusqu'à Saumur où elle eut encore quatre jours de repos avant d'atteindre La Rochelle le 1 août. Il aurait sans douté été plus simple d'y aller directement, mais ce sont les éternels mystères de l'administration. Les prisonniers avaient au moins eu la chance de ne pas se trouver au bagne de Marseille en cette année 1720 qui vit aborder le Grand Saint Antoine avec la peste à son bord. Plus de la moitié des galériens y succombèrent à l'épidémie.

Antoine et les autres attendirent encore plus de onze mois sur place qu'une décision ait été prise. Les ambassadeurs d'Angleterre et de Hollande avaient en effet entrepris des démarches auprès du régent. Il existait alors un projet d'alliance entre l'Angleterre, les Provinces Unies, l'Espagne et la France qui sera conclue au bout de longues négociations le 13 juin 1721. Cette année de réconciliation ne procurera en fait que que six ans de paix. Entre temps le système de Law venait de s'effondrer, causant la plus grande pagaille financière de l'époque.
Au cours des négociations, les ambassadeurs avaient obtenu que les condamnés ne seraient pas déportés, mais seulement bannis pour être accueillis dans les deux pays protestants signataires. Tous se réfugièrent en Angleterre. Antoine était du nombre. Mais les mauvais traitements qu'il avait subis eurent raison de lui. Il rendit témoignage le 28 février 1721 dans l'église de Threadneedle de Londres. Son acte de décès précise qu'il avait alors 23 ans et qu'il était originaire de Nimes.

BIBLIOGRAPHIE: The Huguenot Society of Great Britain


Pierre Guérin


Le registre d'écrou dit qu'il était originaire de Gonzagues dans le diocèse de Nimes. Un tel lieu n'existant pas dans la région, il est probable qu'il s'agisse en fait de Gallargues. Il avait été condamné le 21 mai 1740 aux galères à vie par le Parlement de Grenoble. L'arrêt précise qu'il avait été surpris dans une assemblée organisée par le prédicant Jean Beaud, dans la grange de ce dernier au hameau des Sarrons, sur l’actuelle commune de Mens (Isère). La grange fut détruite en application de l'arrêt du parlement qui fit ériger à sa place un croix commémorative.

BIBLIOGRAPHIE: Gaston Tournier: «Les galères de France et les galériens protestants des XVIIème et XVIIIème siècles» Presses du Languedoc 1984.




FIN DE CHAPITRE






Date de création : 16/07/2007 @ 18:31
Dernière modification : 19/02/2013 @ 14:10
Catégorie : Histoire des Guérin
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